Modèle intégratif du bonheur

Le bonheur dans tous ses états
Il existe deux aspects principaux au bonheur : les émotions agréables que l’on vit (hédonisme) et le sens que l’on trouve à nos actions (eudémonisme). Il est à remarquer que les deux ne coïncident pas forcément, ce qui explique que les mesures du bonheur diffèrent selon que l’on utilise une méthode (relevé des émotions agréables au fil du temps) ou l’autre (évaluation de la satisfaction dans la vie) (Daniel Kahneman).

Les émotions agréables sont par définition ressenties dans le présent, à condition toutefois d’en prendre conscience (« Le bonheur, c’est du bien-être dont on prend conscience » dit Christophe André). C’est pour cette raison que de nombreux travaux ont porté sur l’attention et la pleine conscience, notamment à travers la pratique de la méditation (Jon Kabat-Zinn). La dispersion de l’attention, toujours plus sollicitée et malmenée de nos jours, représente ainsi un premier frein au bonheur.

Un deuxième frein au bonheur résulte des pensées anxieuses et des ruminations mentales. Ce faisant, elles captent l’attention et la focalisent sur des éléments négatifs qui assobrissent l'humeur. C’est pourquoi l’optimisme est un deuxième axe pour qui souhaite développer son bonheur : il s’agit de privilégier les interprétations positives dans la façon de considérer ce qui arrive et lui donner du sens. La dépression est justement un état dans lequel l'optimisme est contrecarré (Martin Seligman).

Optimisme (sens) et pleine conscience (plaisir) sont les deux piliers du bonheur, résolument ancrés dans le présent. Cependant, l’évaluation de la satisfaction dans la vie ne peut se faire sans se référer à nos propres souvenirs. La mémoire joue par conséquent également un rôle crucial dans le bonheur. Or, nos souvenirs ne sont pas des retranscriptions fidèles de ce qui a été vécu, mais bien plus des reconstructions perpétuelles qui font la part belle à l’imagination (Julia Shaw et Elisabeth Loftus).

La gestion consciente de notre mémoire, de façon à favoriser les beaux souvenirs et éviter les regrets, est essentielle pour qui désire se dire heureux dans la vie (Daniel Gilbert). Soigner les éventuels traumatismes est impératif à cette fin.

Enfin, de nombreuses études en psychologie positive ont établi que ce qui rend effectivement heureux les gens n’est pas ce qu’ils imaginent. Ce que l’on croit pouvoir nous rendre durablement heureux n’en a en réalité pas la capacité : la fortune, l’amour, la santé, etc. car nous nous adaptons généralement rapidement à ce qui nous arrive, bon ou mauvais. Par contre, imaginer un futur radieux et se réjouir à l’avance, indépendamment du fait que cela se produise ou non, donne lieu à des émotions agréables qui contribuent très clairement au bonheur, au contraire du pessimisme (Tali Sharot).

Se remémorer les souvenirs agréables et anticiper l’avenir représentent deux autres piliers du bonheur, non pas comme une fuite dans le passé ou le futur, mais bien comme générateurs d’émotions agréables dans le présent.

Sans ces deux aspects, émotions agréables et réflexions, le bonheur ne peur être que bancal, coincé dans un éternel présent.